Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
1 octobre 2015 4 01 /10 /octobre /2015 20:41
façade de la maison de l'enfance de la Mousserie à Watrellos
façade de la maison de l'enfance de la Mousserie à Watrellos

1. L’appartement

Il est des lieux qui n’existent que dans la mémoire... Au fond du square le petit immeuble était recouvert de crépi blanc Les fenêtres aux châssis métalliques ouvraient vers l’extérieur

L’escalier de bois brun menait à l’unique étage et se prolongeait au sous-sol.

Dans les années soixante, les gens se respectaient, Les bicyclettes et les vélomoteurs rangés dans le hall d’entrée ne portaient pas de cadenas.

Ma mère claquait la porte en sortant en ne fermait pas à double tour. La plus part des gens du square travaillaient à la Lainière de Roubaix qui employait six à sept mille personne !

2. Les mômes

Ce qui a toujours dérangé ma mère, c’était le bruit. Elle a vécu plus de trente ans dans la campagne et ne supportait pas la mouvance perpétuelle des enfants du baby-boom

Ils envahissaient les pelouses et les halls d’entrée Les familles cosmopolites avaient facilement jusqu’à quatorze enfants

Nous étions les enfants de la France à venir

Nous avions nos jeux et nos regroupements. Africains noirs, Pieds noirs, Algériens, Italiens, Ukrainiens ou Polonais.

Les enfants étaient bilingues ; la première génération née en France… Une France au destin multicolore.

3. Le Caté

L’église de briques rouges au fronton crénelé portait sur sa façade un Christ de ciment qui montrait son cœur du doigt

Le vieux curé en soutane noire roulait à vélo Les religieuses qui faisaient le catéchisme portaient des bas nylons et des popelines beiges

Des « femmes du peuple » qui ne se distinguaient guère des autres… Juste par leur allure de « vieille fille »…

Le jour de la communion solennelle Quatre-vingt filles et cinquante garçons remontèrent la rue principale sous le soleil de juin dans leurs habits blancs… et j’avais les yeux qui pleuraient….

4. La directrice

La directrice du collège portait toujours une robe noire Elle avait une allure à la « Edith Piaf », n charisme qui imposait le respect sur son passage

Elle enseignait la musique, pas le piano, ni le solfège ni même la flute mais la vie des grands compositeurs

Elle s’asseyait sur le bureau, devant nous, pour paraitre plus grande et croisait les jambes. Elle nous parlait de Schubert, Schuman, Ravel, Debussy… Elle nous contait Bach ou Mozart... et nous écoutions religieusement

Elle posait sur la platine du pick-up un prestigieux disque de vinyle Elle nous invitait à poser la tête sur nos bras et à écouter …sans s’endormir…

C’est ainsi qu’aujourd’hui .encore il m’arrive de reconnaitre une symphonie aux premiers accords.

5. Le prof de math

Le mari de la directrice portait une blouse blanche et avait les cheveux en brosse

Il était prof de mathématiques mais n’avait pas beaucoup de charisme Il se faisait respecter à coup de punitions.

Il avait vécu en Amérique et prévoyait la crise future : « Vous avez intérêt à poursuivre vos études le plus longtemps possible, Plus tard seuls les ingénieurs et les balayeurs auront du travail »

Ses cours de onze heures du matin m’endormaient Sa voix monocorde me rendait l’algèbre imbuvable… Je n’ai jamais compris ni aimé l’algèbre.

Mais je suis obligée de dire que, quelque part ce triste sire n’avait pas tort dans ses prédictions…

6. Les allumoirs

A l’approche de la rentrée des classes, l’air explosait de bruits sonores et pétaradants.

Au bout de nos doigts nous maintenions l’extrémité d’une corde en état d’incandescence, nous enroulions le reste autour de nos poignets : cette corde à feu s’appelait « le clachiron »...

Il faisait office d’allume cigares pour les plus vieux, mais surtout d’allume pétards pour les plus jeunes...

Entre les jambes des filles affolées, dans le hall d’immeubles, dans les boites aux lettres, du « boucan » énorme cigare rouge aux minuscules pétards souris, tout ce qui prenait feu, pétait !

C’était la folie du moment, d’autant plus exaltante qu’il était interdit de faire sauter les pétards et paradoxalement il n’était pas interdit aux commerçants d’en vendre !

Mais qui aurait pu imaginer les Allumoirs sans pétards ?!

Le jour venu elles sortaient des maisons au bout d’un bâton, lanternes de papier de riz pliées en accordéon, jaunes, rieuses et rondes ou les lunes , chatoyantes orange et rouge pour les soleils, multicolores pour les autres.

Elles se regroupaient et suivaient la fanfare des majorettes. Les anciens, les parents, avaient appris aux enfants le chant de ralliement des porteurs d’allumoirs : « Vive les allumoirs ma mère, vive les allumoirs, on les allume quand il fait noir, vive les allumoirs ! » A l’instar des chants du carnaval de Dunkerque…mais en moins paillard…

Le défilé se terminait devant la boulangerie du quartier par la distribution de sucreries… Cette tradition est perpétuée à la mémoire de nos aïeux qui se rendaient à la « fabrique » pour assurer l’équipe de nuit avec des lanternes !

7. La ducasse

Elle s’installait sur la place du bourg pour la fin de la semaine et le lundi suivant, chaque année à la mi-septembre.

A la sortie de l’école, le vendredi soir, nous allions regarder se monter les manèges.

Ils se plaçaient toujours aux mêmes endroits d’une année sur l’autre.

Sur la grande place trônait le manège de chevaux de bois, derrière nageaient en rond les « Donald » pour les petits, et au bout, la chenille couverte, pour les amoureux et les amateurs de sensations…

Sur le parking de la rue des Patriotes s’étalaient les auto-tamponneuses et le transalpin.

Le long des rues voisines se montaient les baraques des loteries et des marchands de nougats : Barbe à papa, beignets hollandais, pomme d’amour, gaufres et autres friandises pour petits et grands.

Pendant trois jours la Ducasse battait son plein, je retrouvais avec plaisir mes galopades imaginaires sur les grands chevaux blancs qui grimpaient le long de leur tige dorée en spirale, ou sur le dos des petits cochons quand les chevaux étaient pris d’assaut.

Plus tard je découvrais la chenille et sa bâche rouge et le décor blanc du transalpin ainsi que les voitures aux teintes métallisées de l’espace musical où virevoltaient comme des danseuses les auto-tamponneuses surmontées de leurs antennes électriques…

Plus tard, beaucoup plus tard, j’y emmené mes enfants.

8. Le marché

Le vendredi matin, un long ruban de toiles multicolores se déroulait le long de la rue Chopin. Les commerçants habituels prenaient toujours les mêmes emplacements.

Ma mère avaient ses habitudes, achetait le café en grain en vrac à un homme chauve qui portait une blouse grise, la mesure de métal chromée plongeait dans le sac de jute et ressortait tout embaumé du parfum de café torréfié.

Plus loin, elle achetait les bonbons et les gâteaux secs en vrac également, par livre ou demi-livre, pour la semaine.

Le crémier coupait le beurre à la motte avec son fil et le pesait dans du papier sulfurisé blanc

Le poissonnier renforcé son emballage par du papier de journal. Tout était simple, coloré et odorant, les citrons se vendaient cinq pour un franc, Les oranges, les pommes se goutaient au bout du couteau…

Nous n’avions pas encore découvert les supermarchés et leurs emballages plastiques, la pollution par l’inutile et le tri sélectif des déchets et son héritages de grandes poubelles à roulettes.

9. La Merveilleuse

C’était le nom de la petite société de glaciers qui tournaient dans la cité.

L’un roulait en triporteur et annonçait son passage par un air de trompette. Les gosses sortaient des immeubles et faisaient la queue autour du conteneur de bois surmonté du cône doré er crénelé…

Le glacier soulevait ce couvercle par la boule du sommet et plongeait une palette de bois dans la glace fumante…

Le cornet se remplissait petit à petit, se surmontait d’un dôme unicolore ou multicolore selon le choix et le prix à payer.

Entre nos mains la glace fondait et nos langues, à revers, prenaient la place quittée par la palette.

D’autres jours, la Merveilleuse passait dans le quartier avec une charrette tirée par un âne qui portait un chapeau,

nous nous groupions à l’arrière sous l’auvent pendant que la serveuse blonde préparait les cornets à boules vanille -fraise ou vanille- chocolat…

Nous ne mangions de la glace qu’en été… Aujourd’hui la Merveilleuse passe en camionnette Et une bande enregistrée nasillarde a remplacé le trompettiste.

Repost 0
Published by Yza
commenter cet article
1 octobre 2015 4 01 /10 /octobre /2015 20:20
ferme de Wattrelos
ferme de Wattrelos

1. L’hiver

En hiver le jardin apparaissait sous la forme de plates-bandes de glaise brune, symétrique et parallèles à l’allée centrale…

Toute droite, elle menait à la cabane à outils sous le lilas. La planche de la balançoire restait accrochée à la barre. L’hiver, le jardin emprisonnait ses couleurs Mêlées au terreau et à l’argile, au secret de son humidité. L’hiver, le jardin me disait d’attendre.

2. Le printemps

Au printemps tout sortait de la torpeur

Les pigeonniers des jardins voisins roucoulaient jour et nuit.

Les coqs de la ferme d’en face chantaient à tue-tête dès l’aube. Les passereaux lançaient leurs trilles.

Le jardin étirait sa langueur entre explosion de bourgeons et ascension des tiges.

Il appliquait consciencieusement sa palette en camaïeu de vert et l’agrémentait du pastel des premières fleurs.

Au printemps, l’air osait les premières vibrations Sous les élytres écarquillés des coccinelles Et sur les ailes cristallines des libellules, funambules des cordes à linge.

3. La fermière

De l’autre côté de la rue, du long ruban glissant de pavés gris Je poussais la lourde porte de la ferme de Thérèse et sa laiterie aux murs de faïences blanches

Au beau milieu trônait le tonneau de la baratte. Il virevoltait sur lui-même en un bruit de moteur et de pignons mécaniques

La fermière rangeait les œufs bruns dans des sachets de papier brun, le fromage blanc dans le papier sulfurisé blanc, avec la maestria d’un perfectionnisme de l’habitude.

Ses gestes étaient maîtrisés et calmes, ses paroles aussi mesurées que les pintes de lait… Selon un rite perpétuel et ancestral.

4. Grand-père

La casquette de grand-père s’imprégnait de la sueur de sa tête, elle lui volait son odeur, sa forme, Elle se gavait du gras luisant entre ses rides.

Le manche de la bêche, aussi luisait, poli par le travail des mains. Les épaules rougissaient à l’échancrure du maillot de corps, contraste de nuances chaudes sur le fond immaculé d’un ciel de juin, aussi bleu que son pantalon de travailleur.

5. Les carrières

Ceux du hameau appelaient « carrières » tous les chemins qui s’en allaient à travers champs depuis la chaussée principale.

Carrières de terre noire et poussiéreuse, jonchées de silex beiges et jaunes comme des œufs d’oiseaux brisés. Mannes pour nos frondes de gosses chahuteurs. Projectiles redoutables, ils atteignaient parfois la tête de ceux trop lents à se cacher.

Le sang rouge et poisseux collait les cheveux, mouillait les mouchoirs à carreaux, tandis que s’élevaient Les cris de rage et de douleur des malchanceux.

6. Maman

Pour sortir le dimanche, ma mère agrémentait son bouffant de cheveux noirs de crans brillantinés,

elle plaçait des peignes sur les côtés pour soulever les mèches trop longues,

elle poudrait son visage pour le mâtifier, coloriait ses joues et ses lèvres aux teintes des cerises, entre griottes et bigarreaux.

Tout cet apparat rendait à l’évidence la lumière pétillante de ses prunelles myosotis et de ses longs cils noirs.

7. Grand-mère

Ma grand-mère paternelle vivait au fond d’une courée à Lille. La fenêtre du rez-de-chaussée se cachait derrière les géraniums rose pimpant et rouge brique.

Dans l’unique pièce où elle vivait, Tout avait pris une teinte passée, couleur sépia, comme la grande photo du défunt mari, dans l’ovale du cadre, en uniforme de dragon de la guerre 14-18, ou celui de la petite fille perdue en bas-âge.

Les gâteaux secs aussi accusaient le temps passé dans la boite.

Seule, la voix de grand-mère chantant le grand air de « madame Butterfly » ou le « pays du sourire » avait gardé le cristal et la fraicheur de ses jeunes années…

8. Noël

Pour Noël, ma mère posait un « petit Jésus » de plâtre rose entre son père de brun vêtu et sa mère couverte de voile bleu ciel.

Nous petit déjeunions de chocolat chaud fondu doucement dans le lait et de la traditionnelle

« coquille » de Noël, brioche à deux têtes, avec un petit trou au milieu du ventre pour simuler le nombril. Ce pain gâteau avait un goût de paradis, à nul autre pareil... Bien loin de l’insipide et blême hostie symbolique et tristounette de nos messes dominicales ponctuées de bâillements causés par des estomacs creux.

9. ST Nicolas

A la veille de la ST Nicolas, l’atmosphère se teintait de mystère. Grand-père nous contait la légende du saint homme, disait qu’il viendrait de nuit nous visiter...

Il posait sur la table de la salle à manger, un plat de carottes ; le lendemain, les légumes avaient disparu…

Maman nous disait de chercher le jouet qu’il avait échangé contre la nourriture pour son âne...

C’est ainsi que me furent offerts une poupée aux longues tresses brunes, endormie dans son berceau et, une autre année, un petit piano peint de laque bleue et mon premier illustré de Martine qui fait du théâtre.

10. La bicyclette

Les rares jours où il ne travaillait pas, mon père venait me chercher à la porte de l’école.

Il me soulevait de terre pour me poser sur le cadre de sa bicyclette bleue. Mes petites mains accrochées au milieu du guidon.

Il sifflotait et roulait doucement sur la chaussée pavée, nous traversions la partie boisée du chemin, le long du chemin de fer, où passaient, suivies d’une écharpe de fumée blanche, les locomotives à vapeur à destination de la Belgique.

Parfois des lièvres cavalaient devant nous, les oreilles allongées sur le dos beige foncé, ils grimpaient les talus, disparaissaient dans le fourrés.

C’est dans ce bois que, quelque temps plus tard, je bravais les orties, à grand coups de sabre de bois pour aller cueillir, au beau milieu, des roses pour la fêtes de Maman.

Repost 0
Published by Yza
commenter cet article
28 septembre 2015 1 28 /09 /septembre /2015 16:33
A SILENCE ROMPU  (dépot légal 1986)   souvenirs de jeunesse...

FETES

On a lavé les verres

Vidé les cendriers

Et sur un coin d’hiver

Refermé les volets

Tout le monde est parti

On s’endort sur la nuit…

Quand la fête est finie

L’espace devient grand

Comme une église vide

Pour les yeux d’un enfant…

Mes fêtes à moi

Quand revient le silence

Le passé de mes joies

Sur les routes de France

C’est des visages flous

Dansant dans les remous

Des vagues de la mémoire…

Des dessins sur le sol

Pour une maigre obole

Des émaux, des bijoux

Que l’on vend quatre sous…

Une fille qui danse

En robe de gitane

Autour d’un feu de bois…

Quand on vit ce qu’on pense

Contre ceux qui condamne

Jusqu’aux bouts de nos joies…

C’était des flûtes indiennes

Et de vieux tambourins

On oubliait nos peines

On vivait sans chagrin…

La mer et les

Vivaient dans nos chansons

On hissait la grand voile

Tout droit vers l’horizon…

Et mes fêtes au passé

Se couchent sur le papier

Papillons enlacés…

L’AUTOSTOPEUSE

L’asphalte me collait

Aux semelles des souliers

Et dans l’air ondulaient

Les autos des vacanciers

Les oiseaux ne chantaient pas

Seuls criaient les corbeaux

Même sous les arbres il faisait chaud

Et la pluie qui ne venait pas

J’sais que là bas on m’attend

Mais je fais celle qui à le temps

Comment faire autrement

Y’a que mon pousse devant…

Les routiers sont sympas

Et plein de bonnes intentions

Il m’a pris dans ses bras

Pour descendre du camion…

Celui-là dans sa Mercédès

Me traite de petite peste

Y’a vraiment des cinglés

Ca d’vient dur de voyager…

Les virages ce n’est pas l’pied

Un type par trop pressé

En Porsche nous a doublé

Puis s’est planté dans le fossé…

Décidément pas de veine

V’là l’sosie de Franck Einstein

Et il croit sans trop d’peine

M’emballer pour son week-end J

e dis que j’suis finlandaise

Toujours courir pour qui m’baise…

Allemand, anglais, chinois

Y’a pas moins raciste que moi

J’apprends les langues en voyageant

Ça sert et ça passe le temps

Sur la plate forme du camion

C’est l’heure de la récréation

Des guitares et mes sabots

Balancent un drôle de tempo…

Sept cent bornes sur la journée

J’arrive et j’suis crevée

Reste à traverser le port

J’arrive quand tout le monde dort

Reste une place près de Robert

Sur le matelas posé par terre

Hé ! Pousse toi j’viens m’coucher

On a toute la vie pour s’aimer…

LE PETIT CHEVALIER

Je suis un petit chevalier

Avec la terre dessous les pieds

Avec le ciel dessus les yeux

J’irai te retrouver

J’irai te retrouver

De langue d’Oc En langue d’ail

Partout sur terre

Et où que j’aille

Le soleil guidera mes pas

Liberté devant moi tu vas

Belle dame au sourire cruel

Belle dame au corps de dentelle

Sur terre il y a tant de faille

Mais mon cheval compte ses pas

Il ne faut pas que je défaille

Je prends la route jusqu’à toi…

Les pèlerins au bord des routes

Tous les pendus du coin des bois

Mais il faut que j’aille coûte que coûte

Même si je tremble quand je le vois

Liberté belle dame cruelle

Avec ton visage d’aquarelle

Je sais de partout tu m’appelles

Je suis prêt à mourir pour elle…

Le soleil danse le soleil courre

L’hiver n’est plus loin maintenant

Si ma course dure par amour

J’en briserai peut-être le temps

LE VOYAGEUR

Il vendait des bijoux

En or à quatre sous

Portait autour du cou

Un symbole bizarre…

Il voyageait, aéroports ou gares

Et sa voix douce flottait sur sa guitare…

IL venait de nulle part

Il n’avait pas d’histoire

Et ses chansons ne parlaient pas de gloire…

Il roulait son tabac sur sa cuisse

Portait des cheveux longs et lisses

Parfois ses yeux se fixaient sur ailleurs

Se tournaient vers son aventure intérieure…

Il menait sa vie

Comme on cueille un fruit

Selon la couleur et l’envie…

LE TEMPS DU BERGER

Tu vois, disait-il souvent

Et je ne voyais que le vent

Qui descendait la cheminée

Du feu de bois qui nous chauffait

Dans la vielle auberge cachée

En amont d’un petit ruisseau

Qui vers la mer s’en allait

Du côté de St Malo…

Tu vois, disait l’ami André

Avec sa tête de berger

Et je les voyais qui passaient

Les nomades du temps présent…

Ils avaient des regards très bons

Leurs gestes simples témoignaient

D’une nouvelle civilisation

Où l ‘inutile était absent…

Tu vois, me disait le berger

Avec sa barbe de mille ans

Il n’avait pourtant que vingt ans

Et ses yeux miroirs m’envoûtaient…

Ils vivaient tous un autre temps

Où le présent n’avait plus cours,

Leur musique avait des accents

Qui me parlaient d’étranges amours…

Tu vois, me disait-il souvent

Nous partagions joies et tourments

Et malgré la nudité de leurs peines

La pudeur demeurait quand même…

De cet univers demi-teinte

Caché au creux d’une vallée

Il me reste encore des empreintes

Et je ne peux les effacer…

Tu vois, disait-il souvent

Et je ne voyais que le vent

Qui dansait dans toutes les futées

Du grand jardin qui s’endormait…

PIERROT LE FOU

Il modelait dans l’argile des champs

Les masques d’horreur des naufrages

Qui crachaient des injures au vent

Les jours de torpeur et d’orage…

Il rêvait d’écrire des histoires

Pour abolir le désespoir

Et faire des vieux des enfants

Mettre des rires sur les tourments…

Il voulait bâtir un musée

Pour y garder cristallisés

Le flamboiement des soirs d’été

Et les matins d’hiver givrés…

Il croyait aux roues de la vie

A un monde mystique qui crie …

La mort avait des attraits pour lui

Découvertes des artificiels paradis…

Il avait des yeux bien trop grands

Pour un visage ravagé…

Il avait l’âme écartelée

Entre l’amour et le néant…

Il avait un rire de dément

Quand il voulait défier l’ennui…

Le feu avait des attrait pour lui

Bien plus fort qu’un désir d’amant !

On l’appelait pierrot le fou !

Il était mon ami…

GITAN

Il se dit de Catalogne

Et courre dans les rues de Barcelone

Pour la grande féria

Les taureaux sur ses pas

Libre comme un homme

Et fou comme un enfant

Il vit comme le vent

Il vit comme le vent Gitan

Presque nu il traverse

L’eau glacée des torrents

Il ne craint pas l’averse

Ni la morsure du temps

Les fontaines et les sources

N’arrête pas sa course

Il vit comme le vent

Il vit comme le vent Gitan

Il a du feu sous la peau

Quand il chante c’est beau

C’a fait trembler les prisons

Il s’envole comme l’oiseau

Brise tous les barreaux

Il vit comme le vent

Il vit comme le vent Gitan

Son regard n’est qu’une flamme

Qui crève le cœur des femmes

Quand l’amour vient à lui

Il le cueille comme un fruit

Et il mord à belles dents

Il ne fait pas semblant

Même s’il repart avec le vent

S’il part avec le vent Gitan…

LE CLOWN ET LA FUNAMBULE

Le clown arrive encore une fois

Sur la piste baignée de lumière

ce spectacle il est le roi

Avec ses gestes et sa misère

La forêt restée au vestiaire

L’attend pour mieux le dévorer

Mais pour l’instant dans la lumière

Il voudrait juste l’oublier

La funambule sa sœur son amie

Marche là haut sur son nuage

Et parfois des yeux il la suit

Tremblant de peur pour son jeune âge !

La funambule danse en silence

Oubliant qu’elle pourrait tomber

Et vers l’autre planche, elle s’avance

Avec grâce et légèreté

Elle vit son rêve de porcelaine

Perdue sur un fil bleuté

Chassant son angoisse et sa peine

Son âme vibre à éclater.

Le clown voudrait tant l’appeler

Mais il ne peut rien faire pour elle

Car le spectacle est commencé

Car sa danse est bien la plus belle

Et le clown ne peut que trembler

Pour sa moitié d’âme qui plane

Mais elle continue à danser

Même si elle sait qu’elle se damne !

MES AMIS

Quand on leur coupe tous les compteurs

Ils vivent sur le capital cœur

Ils savent qu’au printemps des hommes en noir

Viendront mettre leur lit sur le trottoir...

Malgré tous les diseurs, les sermons

Ils n’ont jamais su garder un rond

Et quand ils en ont c’est la fête

C’est aux amis qu’ils payent leurs dettes…

Ils vivent une éternelle adolescence

Entre la déprime et l’inconscience…

Mais il n’y a de mots plus sacrés

Pour eux que «gosses et amitié ».

Ces deux mots justifient tout

même devenir des loups

Mais quand on vit en marginal

On se crée sa propre morale…

Et quand ils flambent qu’ils me font peur

Ils me disent «t’embête pas petite sœur !»

Ce sont mes amis mes frangins

Avec eux y’a pas de chagrin

Je les regarde sans les juger

Je ne veux que les aimer.

L’HOMME FATIGUE

Un homme brun hier soir

A pleuré sur mes mains

M’a ouvert sa mémoire

Tout en m’offrant demain…

Cet homme avait si peur

Le temps coulait entre ses doigts

Sans qu’il puisse en retenir le bonheur

Qu’il voulait modeler pour moi…

E t c’est moi qui ai pris

Son visage dans mes mains

Et c’est moi qui ai dit

Les mots qui font du bien…

Et cet homme fatigué

De lutter à contre vent

A posé son épée

Pour oublier un instant

La torture du temps.

VIVRE

Refuser la loi des moteurs

Courir marcher pédaler

Respirer bouger son cœur

Dans la lumière de l’été

Ou dans la neige de janvier

Savoir s’accrocher à la barre

Vouloir bouger face au miroir

Sur la musique danser des heures

Et sentir ruisseler la sueur

Aller plus loin sans avoir peur

Dans la quête du bonheur VIVRE !!

LE DANSEUR

Le miroir t’invente les traits des épousailles

Orphée ne te retourne pas !

Marche ! Fragile ! Torturé ! Impétueux…

Clown digne et grave

Empêtré entravé par l’aveugle immonde

Danse contre le monde

La lumière t’embrasse…

Tu seras l’oiseau bleu

Non, Nijinski n’est pas mort,

Il dort

Tu l’éveilleras…

L'ANGE

Viens maintenait et à jamais

Mon amour

Fais vivre ton désert mourant

Par la pluie

Et laisse ta vie sacrée

A la mémoire de tes peines

Libère toi de tout

Et tu pourras vivre mon amour

Et voir les étoiles

Enchanter tes nuits de veille

Et tu retrouveras le soleil

Et le sens magique de sa lumière

N’aie pas peur de te lever

Et de voler, quitte à tomber

Tu pourras voler

Et je pourrais vivre, mon amour

Et tu trouveras ton refuge dans mes yeux

Et si tu as peur de tomber

Prends ma main

Et tu pourras voler

Repost 0
Published by Yza
commenter cet article
27 septembre 2015 7 27 /09 /septembre /2015 18:59
jardin de la "Grande maison" (aquarelle)
jardin de la "Grande maison" (aquarelle)

Le bonheur

La lumière est plus forte que la poussière

Chaque jour nous conjuguons

Le bonheur ou l’angoisse.

Quelle que soit la proposition du jour

Nous cherchons la beauté et l’épanouissement

Nous marchons sur la pointe du cœur

En équilibre sur l’arc en ciel des sentiments.

Les structures qui cloisonnent nos vies

Nous font marcher dans les couloirs,

des labyrinthes : Nos vies et nos amours s’y étiolent…

Nous bâtissons trop souvent nos vies

Sur la futilité du quotidien

En ignorant l’attente des autres !

Les cœurs sans amour sont des voies sans issus

On respire plus large quand le cœur bat

La vie sort de la coquille

Où elle abrite sa petitesse.

Ce sont mes yeux et ce sont tes sourires

Ils tissent la toile de nos jours

Souvent le bonheur danse en filigrane de nos vies

Nous le laissons à cet état de transparence,

A cette discrétion ;

Nous ne voyons que le côté sombre qui nous alourdit…

Le bonheur danse en filigrane de nos vies…

Il suffirait, peut-être, d’une haleine d’amour

Pour lui donner toute sa couleur !

Repost 0
Published by Yza
commenter cet article
27 septembre 2015 7 27 /09 /septembre /2015 18:52
petite afghane (pastel)
petite afghane (pastel)

Nos mains tendues

(à Thomas)

La mort sépare les corps

L’amour confond les âmes unies

Les maillons de la chaine

Rendent l’humanité solidaire

Dans l’espérance du meilleur…

De nos pas d’aveugle

A nos mains qui se tendent

L’espoir distille l’essence

Carburant de l’étincelle d’amour…

Nos mains se confondent

Sur le dos du jour

Nous sommes à cheval

Vers la même fin de siècle…

Le monde nouveau sera possible

Quand l’amour et la vie

Auront gagné la course

Face au fric et à l’armement…

La conscience humaine universelle

Sera le flambeau que nos enfants

Tiendront entre leurs mains

Pour illuminer la terre…

Repost 0
Published by Yza
commenter cet article
27 septembre 2015 7 27 /09 /septembre /2015 18:43
mère et enfant  (pastel)
mère et enfant (pastel)

Mots et maux

(A Patrick Mortal)

Consommation :

Abstention

Frustration

Ou absorption

Sans condition

Du plus con.

Prostitutions :

L’empire des sens

Sans décence

Désespérance

Pédophilie :

Des cas de décadences

A cadence casse-enfance

Psychologie :

Décorticage

Balayage

Nettoyage

Des marécages

Causés par l’âge.

Caricatures :

S.D.F Sans défense fatigué.

P.D.G. Pas de grâce !

C.G.T. Commisération de générations tondues.

A.N.P.E. Absolument nul pour l’emploi.

A.S.S.E.D.I.C. Assume solidarité sollicitée dès inscription chômage. (c'était avant Pôle emploi...)

Repost 0
Published by Yza
commenter cet article
27 septembre 2015 7 27 /09 /septembre /2015 18:33
mère indienne et ses enfants (pastel)
mère indienne et ses enfants (pastel)
Les ombres de l’ignorance
(À Klaus Schulze, pour « shadows of Ignorance »)
Face au futur
Libre de tout
Regarde au-delà
Où rien ne s’accumule…
C’est l’amour qui s’accumule
Et c’est l’amour qui tombe
La désillusion qui nous brise.
Les rayons du soleil brillent trop fort
Au travers des ombres de l’ignorance…
Apprend
Rien ne se crée sans proposition
L’ignorance est le choix de ne pas connaitre.
Aussi, traverse Le désert pour aller plus loin…
Laisse ton rêve devenir réalité
Découvre les sentiments de ton cœur !
Pense que le soleil pourrait briller la nuit
Pense que le soleil pourrait ne pas briller…
Je te soulèverais de mes mains
Et te regarderais grandir
Appelle-moi avec ton cœur
Laisse-moi écouter ton âme réjouie…
Laissez les peuples de la terre
Accéder à la connaissance
Le temps de l’évolution est arrivé
Débarrassé des jougs et du son des tambours…
Le futur corrige le rythme
Des mauvais influx nocturnes…
Laisse venir les choses
Laisse monter ta danse libératrice
Laisse le soleil se lever sur la colline
Il sera toujours là !
Cependant, rein ne peut commencer
Quand au delà de nous
Autour de nous
Partout où nous allons
L’amour est endigué par la raison…
Tu sais tout cela
Tout est amour
Et tout doit grandir
Tout le destin connu
Est amour et doit être révélé…
Le destin est ce que tu fais
Quand tu es toi-même
Ce que tu es avant d’avoir été !
Tout ce que je veux donner à être
Ne tient pas dans la révolte
Ca ne se justifie pas Il faut juste être.
Et c’est pourquoi
Le plaisir et le pardon
Chaque jour de ma vie
Me suivront
Plus vite qu’un cheval au galop
Plus prompt qu’un rayon de lumière
Traversier.
C’est la place
Le plein espace
Où demeurer.
Repost 0
Published by Yza
commenter cet article
27 septembre 2015 7 27 /09 /septembre /2015 18:25
petite madonne   (pastel
petite madonne (pastel
Dernières nouvelles de Dieu
A jean Magri
- « Dieu est un petit bonhomme sans cheveux qui fume sa pipe au coin du feu » Disait mon grand-père, qui était chauve mais fumait des « roulées ».
-« Dieu est votre Père », disait le curé
Mon père à moi est un incorrigible rêveur.
-« Dieu est notre Seigneur, »
Pourtant on vit en république Jésus serait-il mort décapité ?
-« Dieu est amour » disait la bonne sœur,
Peut-être amoureuse d’un homme presque nu et en croix…
-« Bon Dieu, Sacré non de Dieu, Dieu merci !... »
Dieu est un plat universel servit à toutes les sauces.
Dieu unique ou multiple, l’homme a donc toujours besoin de béquiller son destin avec des mythes, des fables, des commandements…
Il ne peut se résoudre à n’être que de passage sur la terre. Il rêve d’un envol pour sublimer son existence de rampant.
Les Dieux du bien et du mal sont dans nos têtes bien cachés sous une couche de lieux communs inculqués et assénés depuis l’enfance.
Nous les sollicitons de nos prières, nous les provoquons de nos vices. Ils nous séduisent et nous les apprivoisons en des luttes intestines sur la corde raides d’un équilibre toujours à renouveler.
Le Dieu à découvrir c’est l’Autre, mais nous avons tellement à faire avec le Notre !
Repost 0
Published by Yza
commenter cet article
27 septembre 2015 7 27 /09 /septembre /2015 18:08
oiseaux   (aquarelle)
oiseaux (aquarelle)

12 poèmes pour l’an qui passe

Janvier

Quelle que soit la proposition du jour
Nous marchons sur la pointe du cœur
En équilibre
Sur l’arc en ciel des sentiments

Février

La quintessence de la vie
Reste blottie dans les profondeurs
Génitales d’une terre avare
De sa fécondité.

Mars

D’une nature avachie
Par les mois d’hiver
Rien ne transperce de printemps
Que le chant d’un merle renaissant
A la chaleur de la vie.

Avril

Les arbres se peuplent
Aux mille rives de leurs branches
Les oiseaux dansent une sarabande
De lumière Le ciel entraîne sa bohème
De nuages cavaleurs.

Mai

Le pâtissier du printemps
Décore les gâteaux des magnolias
Et les pièces montées des marronniers
De douces fleurs de pain béni
Pour les noces de la nature.

Juin

Enivrée de parfums capiteux
La terre frissonne et s’épanouit
Depuis le ventre blond des plaines
Jusqu’aux forêts ébouriffées.

Juillet

Des parfums de femmes
Voluptés des soirs d’été
Pour un feu d’artifice sur le port.
Août L’orage irise sa couette de cumulus
Au pinceau de la lumière
La plaine creuse les reins
Sous la caresse du vent.

Septembre

Dernier dimanche d’été
Douce lumière berce les bruyères
De bruissement en mystère.

Octobre

Avec tout ce vent
L’amour se serait-il fané ?
Les hirondelles s’en sont allées.

Novembre

Un soleil rouge frôle
L’or est répandu à nos pieds
La pluie chante pour l’enterrement des feuilles

Décembre

Le chant de la terre
Vient du plus profond de nos souffles
Nos désirs creusent nos délires
En tant de moissons à venir !
Repost 0
Published by Yza
commenter cet article
26 septembre 2015 6 26 /09 /septembre /2015 18:58
aquarelle perso....
aquarelle perso....

7 petits poèmes (A Georges Piou)

An 2000

Il faut des hommes forts

Pour crier l’espérance

Pour bannir la souffrance

Forts à soulever les montagnes

A faire rentrer la lumière au fond des bagnes….

Sarajevo (en guerre)

Voler des images à cette ville

Qui respire encore Les tripes à l’air…

De ton camp

A vingt mètre du cimetière

Tu es venu pour nous dire : « Je suis vivant !»

Solitude

Ecrire des mots pour personne

Sur cette feuille qui me pardonne

De torcher mon âme sur elle

Pour finir dans un tiroir-poubelle.

Fragments

Le cours de la vie

Laisse derrière lui

Des flaques de solitude

Des fragments de vie

Les coquilles vides

Des amours mortes

Nos rêves brisés

Bouteilles à la mer

Chargées de message

Des détresses qui n’auront

Jamais trouvé l’oubli…

Souvenirs

Tu es sorti de mon décor

Comme un figurant de passage

Ton silence devient plus fort

Et mes souvenirs font naufrage.

Au-delà, eau d’ici

L’eau d’ici coule sur moi

Et l’au-delà est ton lot

L’eau d’ici glace comme neige

Et l’au-delà ton sortilège.

Tendresse

Ombrer la page du vivant

Par l’étreinte d’une

Retrouver le chant du cœur

Par le pouvoir des mots libre-prisonnier

D’une tyrannique tendresse

Garder juste ce qu’il faut d’âme

Pour la noyer dans les yeux d’un enfant.

Repost 0
Published by Yza
commenter cet article