ECHO DE CH’NORD
Poézine gratuit et aléatoire
N°61 spécial poésie d’Amérique du Sud
Les auteurs sont seuls responsables de leurs écrits
Yvette Vasseur. 9, rue de la Gaieté 59420 Mouvaux
E-mail : yvette.vasseur@orange.fr http://yzarts.over-blog.com
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Extraits « Poésie de lutte, de souffrance et d’espoir » par Yvan Avena (Goiânia 2010)
ARGENTINE
Réponses
La poésie est-elle une arme chargée de futur
Ou le futur une arme chargée de poésie ?
Rimbaud
Qui voyait loin
Qui a bu toutes les épines de la rose
Qui a deviné tous les secrets du rêve
Eut l’intuition d’un futur chargé de poésie
Et il écrivit une lettre qui présentait l’infini
Rimbaud pouvait délirer jusqu’aux ultimes vérités
Il exprimait la réalité comme un citron
La lucidité ne lui faisait pas de paix
Et il ne serait pas surpris de voir Ernesto Cardenal
Synchronisant le futur et la poésie
La rébellion du peuple est une arme chargée de poésie
Et le poète charge les armes du futur
C'est-à-dire
Le futur est une arme de poésie.
Juan José Fanego
Les marchands de sang
Dans un monde créé par les marchands
Et dirigé par eux
L’orbite des idées des philosophes et les moralistes
Trouve toujours sa place dans l’orbite du ventre des marchands
Les sermons du curé étaient dirigés sur mesure, pour eux
Les ouvriers, les inventeurs, les prostitués, les érudits
Suaient pour eux
La politique, les bateaux, les rotatives, les messages, la philanthropie
Se mouvaient par eux et pour eux
Et le vent formaient les vagues, labourait la terre
Mais les marchands avaient rempli le monde d’armes
Parce que les armes étaient alors la meilleure marchandise.
Voici pourquoi les machines de guerres
Devaient être baptisées à la guerre
Et leurs maîtres devaient défendre à mort leur tirelire
Leurs dividendes futurs, leur morale à deux visages
Leur mot de jubilation céleste
Et le génie de cannibales, presque atteint
Celui qui donna aux démiurges des mains humaines
Et un destin plus lugubre que la fièvre des marécages
Il se mit toujours plus expert, au service des marchands.
Luis Franco
BRESIL
Marche
Je viens de la patrie des tourments
Je viens d’une époque de crimes
Je viens des blessures que la nuit
Laboura dans la chair des hommes.
Je ne demanderai pas à la cour
De pardonner mes bourreaux
Pour le cri de rébellion
Arraché à mon sang
Par le rêve
Par les armes
Par la marche de mon peuple
Contre un mur !
Comme se dénoue la céréale du sillon
Je lève mon corps de blé
Du corps étendu de Oricilio Marins
Semence de furie et d’espoir
Saignant dans les rues insurgées de Minas
Je libère mon chant d’oiseau
De l’impossible voix des morts :
Lumière accessible dans les instants de trêve
Pour la mémoire enterrée du peuple.
Pedro Tierra
CHILI
Manifesto
Mesdames, messieurs
Ceci est notre dernier mot
-notre premier et dernier mot-
Les poètes descendirent de l’Olympe
Pour nos ancêtres
La poésie fut un objet de luxe
Mais pour nous
C’est un article de première nécessité :
Nous ne pouvons pas vivre sans poésie.
A la différence de nos ancêtres
Et je le dis respectueusement
Nous soutenons
Que le poète n’est pas un alchimiste
Le poète est un homme comme les autres
Un maçon qui construit un mur :
Un constructeur de portes et fenêtres
Nous, nous communiquons
Dans le langage du quotidien
Nous ne croyons pas aux signes cabalistiques
Puis nous affirmons :
Le poète est là pour que l’arbre ne pousse pas tordu.
Niconar Parra
Extraits de « Poésie féminine du Rio de la plata »
par Yvan Avena(Goiânia 2011)
ARGENTINE
Eva
Florida, tunnel de fleurs pourries
Et la masse des pauvres est restée
sans mère
En pleurant entre les réverbères
aux crêpes de deuil.
En pleurant dénudés, pour toujours, seuls.
Sombres mâles aux cravates noires
Souffrant de rancune par décret
Et l’institution, par la radio de l’état,
Qui fit durer Dieu pendant un mois ou deux.
Buenos Aires de brouillard et de silence
Le quartier Nord derrière les volets
Passait commande, à Paris, de rayons de soleil.
La queue interminable pour regarder
Et ceux qui maudissaient préventivement
Afin que toutes les « têtes noires » n’apportent pas
La reconnaissance à cette quelconque femme.
Maria Elena Walsh
Je m’orne de solitude tous les jours
La rage est un rire monnayable et les cathédrales
M’envahissent souvent
Pendant que la misère construit minutieusement son cancer
En toute conscience je mesure mon pouls sur les antennes
Qui s’emparent de mes ailes
Et j’enquête les chemins à l’heure où les oiseaux
Sont délogés des terrasses polies et impeccables
Je n’ai plus de lieu de rencontres
Et je meurs de soif quand la solitude est une annonce
De colibris et de pêches
Mais la faim
Est un chien vagabond dans mon ventre
Et elle s’installe dans des millions de bouches.
Il faut cacher
La force qui porte mes jambes vers un monde de chemises et de pétales
Mais, fatalement, je recommence à pleureur sur les tables de bars,
Fatalement.
Anadela Arzon
Je suis un clou
Je suis un clou aigri
Il y a longtemps que je suis cloué
Je suis triste sur le mur
Car personne ne me voit
On ne m’a jamais rien accroché
Tous m’ont oublié
Eh toi, accroche-moi quelque chose
Je pourrai ainsi croire en moi
Accroche un pétale, un petit bateau
La photo de ton chaton
Une sucette, une sandale
Ne serait-ce qu’une ficelle
Par pitié, je te prie
De me trouver un ami.