HOMMAGE AUX POETES ET
REVUISTES
DU NORD PAS DE CALAIS
Jean Claude Bailleul
Né à Tourcoing, vit actuellement en Bretagne
Animateur durant 17 ans de la revue
Horizon 21
Ardent caillou qui
trinque
Au délire de ma
nostalgie
J’égratigne mille
demeures
D’oublis
démesurés
Gravier traditionnel qui
crisse
C’est tout ce qu’il peut
vivre
Je laisse chaque
pas
Trouver son
enfonçure
A la conquête du
feu
Au milieu du
bonheur
Parfois les yeux sont
rouges
Aussi
Ils acceptent
Au milieu du
sommeil
L’écran
ressuscité
Ose l’image d’un
baiser
(extrait de tant que le temps,
1988)
Vit à Seclin
Animateur dans les années 80 et 90
de plusieurs revues de poésie et d’émissions de radio littéraires et poétiques
L’ERMITE
Je ne brandirai
pas
L’outrance des
feuillages
Ni ne
dévoilerai
Les friches
désertées
Qui me servent de
repaire.
Le ciel seul sera
témoin
De l’âge de mes
reins
De l’anse de mes
peines
Et mes silences
meubleront
Où j’écouterai grandir
Les biches de mes
bois ;
J’aurai pour seules compagnes
Les nuits
ensorcelées
De mes rêves
éteints
Et des aurores
scellées
Aux commencements du
monde
Vivait à
Seclin
Locataire de Jean-Paul Sarte, secrétaire d’André Gide, a exercé de nombreux métiers et voyagé aux Etats Unis où il rencontra beaucoup de
jazzmen
région.
Veille
solitude
Souffle
jeune matin
Les pas
portent journée
Coin de
rue à la place
Vers le
rêve laqué ;
Pirogue
je descends
La
tourbe urbaine
Mon
bateau
Les
autos butent.
Accrochés fantasmes
Ne
voient plus
Que
décor
Aussi
plat qu’une toile.
Une
étoile vomissure
Eclaire
la banquette
Eclatante puanteur
Où les
mains se cramponnent
La marée
du souvenir
Agite la
passion du présent
Roulé de
vague en vague
Homme
vague porte jours durs
Qui
s’effritent aux minutes de coton
Les
oiseaux abandonnent le cri
Entre
lune et soleil
Le
chanteur sans voix
A perdu
les regards
Il
suffoque son rêve
En
hoquets sans écho
Le
bêlant boiteux
Est né
trop tard
Dans un
monde trop vieux ;
Il ne
reste sur ses lèvres
Qu’un
peu de poussière
Et les
oreilles dures
Des
assoiffés d’azur.
Plus une
aille plus une branche
La rose
bleu marine
Fane le hasard.
Vivait à
Valenciennes
Fondateur du centre Froissart de poésie
(revues,
concours, édition de recueils)
« Louez le nom de
Yahvé ! »
psaume 113
KILOUTOU
Louez ? louange ou location
Mon père
louait sa machine à coudre
(18
francs par mois, en 1918 !)
et se
penchait sur elle avec vénération,
tanguant
des pieds pour rythmer sa prière
(Douze
heures par jour ; à moins que
jupitérien, il ne fit jaillir de ses doigts
L’éclair
de son aiguille ;
Mes
parents louaient leur maison,
Mesurant
leur hommage
En
raison inverse de l’inconfort
Et des
caprices du proprio.
Mais de
nos jours, keneloutonpa ?
La
maison kiloutou vous offrira
Le
marteau et le camion pour le transporter,
La reine
d’Angleterre vous louera ses gardes
Pour le
mariage de votre fille,
Et duc
de Montluc son château
Renaissance
-fauché
qu’il est- pour tourner un porno.
Et
Dieu ?
Y-a
longtemps que c’est fait.
Dieu soit loué !
(30 Mars 1992)
Vit à
Lompret
Animateur de la revue «Comme un terrier dans l’igloo » et de la maison d’édition «le Rewidiage »
LA PISTE
AUX ETOILES
Ouvriers
du matin, à quatre dans la cabine
Du J7,
motocyclistes crottés perdus
Vigilants avec les pensées : il fait froid, hein !
Sur la
terre plate où chaque jour
Le vrai
fait son trou jusqu’à la lie ;
La vie n’est faite que de
détails
Les
détails que de fictions qui,
Telles
des microbes, portent le sens de nos pesantes généralités.
Et ce sont ces fictions qui
Nous
font la peau avec la quelle nous aimons.
Pris
dans l’aube filandreuse où les peupliers
Tiennent
leur silence, un avion délie l’espace,
Démêle le blanc à la façon dont je tue les guêpes qui envahissent l’essentiel,
Mes
détails,
L’indivisible vigie qui,
Derrière
la fenêtre, passe par le ciel
Compagne
de Guy, contribue à l’œuvre commune.
Le voile
de la mariée finit de fleurir
Mousse
de tulle crème par-dessus la haie
Et toi
dans le jardin minuscule
Tu
disputes aux guêpes et aux merles
Les
derniers fruits mordus avec entêtement
Puis tu
déposes sur les milliers de feuilles
Le
cristal d’un élytre
Le goût
d’une pomme de reinette entamée
Le bol
ébréché du hérisson venu boire une nuit
L’ultime
soubresaut de l’armée noire et dorée de porte-aiguillons arrêtés à ta vitre et tu éternues.
Moi j’ai
dans le creux de la main un petit verre orange
Jusqu’aux trois cercles verts je l’ai rempli
D’une
boule de platane.
Elle
renferme l’odeur forte de la récréation
De la
ronde du muguet et de la capucine.
(« …Atchoum »)
je
l’appuie à mon oreille et j’entends
sur les
carreaux d’une marelle tracée à la craie
Qui va
se loger en plein ciel.glisser un palet de faïence azurée
Vit à
Linselles
Directeur de la revue «elan »
Poétique
littéraire et pacifiste
MANIFESTE DE LA LIBERTE
La
liberté n’existe pas
Dans un
monde où l’argent est roi
Où la
maladie mène au trépas
Dans un
monde où sévit la faim
Où l’on
gaspille le pain
Dans un
monde sans travail
Où il y
a trop de «boulot métro dodo »
Tiercé
et loto
La
liberté n’existe pas
Dans un
monde d’homme de paille
Dans un
monde mitraille
Où les
hommes marchent au pas
Avec
l’odeur de poudre au repas
La
liberté renaît
Loin des
casernes abandonnées
Avec
leurs armes rouillées
Loin du
nationalisme
Avec le
mondialisme
La
liberté renaît
Avec les
Droits de l’homme appliqués
La
liberté renaît
Avec la
Paix
(in
«face à la Liberté »2ème trimestre 77)
Vit à St
Pol / Ternois
Fondatrice du cercle poétique du Ternois, rédactrice du bulletin «bulles ternois »
QUAND
NOS HISTOIRES S’APPARENTENT…
Quand
nos histoires s’apparentent
A la
beauté du jour qui passe
Ne
refermez plus vos fenêtres
Parentes
de nos songes
Filles
de mer et de clarté
Frêles
comme un son de cloche
Fortes
comme un pain bis…
Puisqu’il nous faut des millénaires
Pour
forger le mot incendié
Que
toute buée sur la vitre
Ne
déforme plus nos visages…
Et puis
prions encore ; Prions mieux
Le sceau
fermé éclate de lui-même
Quand
nous portons nos propres vœux
Jusqu’aux limites des lumières
Et nous
voici, corps assiégés
Dans le
chaud d’un instant
Où le
possible se réveille…
Extrait
de «endormi sous son lieu de promesse »
Vit à
Berguette (P. de C.)
Animateur de la «Station
Underground d’Emerveillement
Littéraire »
CANDELABRE POUR BENOIT
(extrait)
Les
ossements de Benoit brunissent délicatement dans la cave romaine de Sainte-Marie-des-Monts.
Seule à
avoir réintégré le village natal, celée sous le maître hôtel de l’église d’Amettes, une rotule témoigne. Sur la route poussiéreuse bave l’articulation épuisée.
Les
sorciers démocrates avaient exalté le virus du travail, le laudanum culturel, le paillasson de l’ordre et la bougie nauséeuse de la raison.
Voici
Benoît labre.
Lui
sanctifie l’oisiveté en ce siècle où la torture machiniste commence ses ravages dans les villes anglaises pour déferler à la fin sur la planète
dégradée.
Lui
sanctifie la pauvreté en ce temps où l’infâme bourgeoisie se glorifie de la ponte ininterrompue d’abjects objets de consommation.
…………………………………………
Né dans
une mercerie de village et mort dans la boucherie Zaccarelli à Rome, entre temps, il aura, pédestrement, été le voyageur déguenillé, le roi de la gyrovagie, le cul-terreux volatil, le paresseux
persécuté, le poignant diététicien des captifs de Calabre, le trappiste itinérant, le rouquin lentigineux, ou le contemplatif zen.
…………………………………………….
Benoît-Joseph Labre n’a jamais mûri de projets. Il n’a pas connu le gel homicide, ni le bestial endoctrinement télévisé par satellite, la folie meurtrière
programmées à travers l’espace, le dé pipé du vote universel.
Benoit-Joseph labre n’a vécu qu’au jour le jour avec foi, sans loi.
Il
laisse la porte ouverte aux fêlés mystiques. Amen.
Née à
Dunkerque
Animatrice
Du groupe poétique «dialogue »
IL FAUT
TOUT REPEINDRE EN ORANGE
Sauf le
désir
9/10/87
M’agresse Musique
Walkman
L’arbre
une mer que le vent agite
Lille le
soir troisième étage
il
pleut
10/10/87
Mes pas
poursuivent mes pas
Jusqu’où
fait-il aller pour te rejoindre
J’accepte le silence
Comme un
bruit étranger
C’est le
métro qu’ils montent
A coups
de soleils impuissants
Marteaux
piqueurs marteaux pick-up
Je vais
craquer réponds
Vit à
Mouvaux
Animatrice de «echo de Ch’Nord »
CERCLE
Le
cercle s’enroule
Se
déroule
Autour
de mon cœur
De ma
vie
Trace
des regards
Des
vis ages des chemins
De
l’enfermement à la liberté.
Sortir
de l’enfermement physique
Par la
force du mental
La
liberté individuelle
Vu de
l’esprit
Conditionnée par les contraintes
Du
collectivisme.
La
différence condamne
A la
solitude
A
l’enfermement
Le
Différent
Devient
la référence
De
l’espérance folle
De
Rédemption
Pour
mille ans d’obscurantisme
Plus
mille ans de réflexion
Crucifié
à jamais
Trahi
par des générations d’illuminés
Attendant du «ciel »
La
révélation du message
En
saccageant la terre
D’où
viendra
Le
jugement dernier.
Le
cercle concentrique
S’enroule se déroule
Autour
de la table
Là est
mon univers
Là est
ma mémoire
Je porte
une grappe d’œufs
Fertilisées par des images
Des voix
gravées dans mon cerveau.
L’éternité s’inscrit
Dans la
mémoire collective
Quand
l’histoire se prête au jeu
L’éternité de l’univers
Est la
réponse
A toutes
les questions humaines
Il nous
faudra les trouver
Au
risque de ne mourir idiot.
Vit à
Noyelles sous lens
Fondateur de la revue « Rétro-Viseur »
UN HOMME
ET LE MONDE
Jour
après jour confrontés.
La faim,
la guerre, la mort
Il y a
tant à faire !
Et son
amour tout nu
A
retisser chaque jour.
Le monde
est sa démesure.
Face à
face.
C’est
une sacrée corrida
Pour un
homme
L’aventure est assez belle
Et
passionnante à dominer.
Mais
toujours il faut repartir en voyage,
Reconquérir les mêmes fleuves
Les
mêmes montagnes
Les
mêmes déserts
Les
mêmes solitudes ;
Rien
n’est jamais acquis
Ce n’est
pas le monde qui a rétréci
C’est
notre regard sur l’avenir,
Sur la
poussière des trottoirs,
Sur
l’horizon des continents,
Sur la
couleur du ciel.
Vit à
Camblain-l’Abbé
Chroniqueur littéraire au journal «liberté »
Et dans
Rétro-Viseur
Peut-on écrire ces instants fugitifs où coïncident un paysage, une humeur et quelques souvenirs ? Me
voilà au pied d’un château, sur une langue de terre emprisonnée entre une rivière et un ruisseau mort couvert d’une fragile végétation aquatique ; Une barque passe, des pécheurs patientent
et interrogent la lumière. Des cyclistes arrivent et se reposent sous les frondaisons. Et rien ne trouble le dormeur près de la haie. Il fait beau. Je me sens bien et j’en arrive presque à
aimer les hommes. Je pense à Willy Ronis, André Kertesz, Robert Doisneau, quelques autres encore… Et que les souvenirs de 1936 n’ont pas fini de s’éteindre. Je suis là, parfaitement anonyme,
une femme à mes côtés, dans la photo que nul n’a prise. Je souriais, je croyais au bonheur
Tous
les textes et auteurs présentés dans ce N°, sont extraits de
« Quelques poètes du Septentrion »
brochure éditée par le groupe «poésie » de l’association «escal’Ados »
et par
mes soins
en tant qu’animatrice de ce groupe
Sauf présentations et textes de
André
campos Rodriguez,
Louis
Lippens
et
Yvette Vasseur